Face à la raréfaction de la ressource hydrique, l’utilisation des Eaux Non Conventionnelles (ENC) devient un levier stratégique. Cependant, leur usage impose une vigilance stricte pour protéger la santé des travailleurs.
Qu’est-ce que les Eaux Non Conventionnelles ?
Les ENC regroupent toutes les ressources hydriques qui ne sont pas initialement destinées à la consommation humaine. On les classe selon leur origine :
- Eaux grises : Issues des lavabos, douches et lave-linge,
- Eaux brutes : Récupération d’eau de pluie, forages et puits,
- Eaux industrielles ou collectives : Eaux de piscines publiques, eaux de process recyclées (notamment dans l’agroalimentaire).
Domaines d’application majeurs
Ces eaux sont principalement réutilisées dans trois secteurs : le secteur domestique (nettoyage des sols ou alimentation des chasses d’eau), urbain et agricole (Irrigation des cultures, arrosage des espaces verts et nettoyage des voiries) et industriel (réutilisation dans les cycles de fabrication et les tours de refroidissement).
Pourquoi ces eaux présentent-elles un risque ?
Le danger des ENC est invisible mais réel. Il est généralement classé en deux catégories :
- Risque Biologique : Présence de bactéries (Legionella, E. coli), virus et parasites,
- Risque Chimique : Résidus de pesticides, métaux lourds, détergents ou solvants.
Une exposition non maîtrisée peut provoquer des pathologies allant de la simple gastro-entérite à des infections respiratoires ou cutanées sévères.
Modes de contamination et publics exposés
Afin de prévenir les risques, il faut comprendre comment le corps entre en contact avec les agents pathogènes :
- L’inhalation : Respiration d’aérosols ou de gouttelettes (nettoyage haute pression, brumisation),
- L’ingestion : Souvent accidentelle, via un contact « main-bouche » ou une erreur de raccordement entre réseaux potable et non potable,
- Le contact cutané : Projections sur la peau ou les muqueuses (yeux, bouche).
Stratégies de prévention
L’employeur doit assurer la sécurité des équipes en suivant ces quatre piliers.
Agir sur la qualité de la ressource
Le traitement à la source est la première barrière : filtration, désinfection (UV, chlore) ou oxydation… En l’absence de cadre légal spécifique pour un usage donné, l’employeur doit définir ses propres seuils de qualité et effectuer des contrôles réguliers.
Sécuriser les infrastructures
- Séparation stricte : Le réseau d’ENC doit être physiquement distinct du réseau d’eau potable avec un marquage visuel clair (couleur spécifique).
- Signalétique : Pose de panneaux « Eau non potable » et verrouillage des points d’accès.
- Conception : Éviter la stagnation de l’eau et les variations de température qui favorisent la prolifération microbienne.
Mesures organisationnelles et collectives
Si possible, il convient de privilégier l’automatisation des tâches et le confinement des zones produisant des aérosols. L’accès aux zones à risque doit être restreint au seul personnel formé et informé.
Protection individuelle et hygiène
En complément des mesures collectives, le port d’Équipements de Protection Individuelle (EPI) est obligatoire : gants et vêtements étanches, lunettes de protection contre les projections, masques respiratoires en cas de génération de brumes.
Pour rappel, l’accès immédiat à un point d’eau potable et à du savon pour l’hygiène des mains est incontournable sur tout lieu de travail.


