Chaque année, des centaines de salariés décèdent subitement sur leur lieu de travail. Or, près de 60 % des décès au travail sont des « malaises mortels », principalement des infarctus. Une étude de l’INRS dévoile les visages de ces victimes et secoue les stratégies de prévention.
Certains profils sont plus touchés
Les données de la base Epicea (2023-2025) confirment un constat critique : dans 88 % des cas, ces drames touchent des hommes, dont l’âge médian est de 53 ans.
Trois profils paient le plus lourd tribut :
- Les chauffeurs routiers (15 % des cas)
- Les cadres et directeurs (8 %)
- Les ouvriers du bâtiment et agents d’entretien
Une donnée externe à l’étude initiale, mais révélée par les analyses détaillées de l’INRS, apporte un éclairage crucial : les nouveaux embauchés (moins de 3 mois d’ancienneté) et les intérimaires (8 % à 12 % des cas) sont particulièrement vulnérables face à ce risque. Dans 73 % des situations, le salarié se trouvait momentanément seul lors du déclenchement, bien que l’activité effectuée fût totalement habituelle. Ce paramètre retarde dramatiquement l’alerte.
Les déclencheurs et les pistes de prévention
L’infarctus au travail n’est pas qu’une fatalité médicale ou personnelle. La science démontre une corrélation directe avec les contraintes professionnelles : le stress chronique (risques psychosociaux), la sédentarité prolongée (volant, bureau), le travail posté ou de nuit, et les chocs thermiques (chaleur extrême ou grand froid).
Pour contrer cette menace silencieuse, les organisations doivent déployer une riposte en trois temps :
- Intégration au DUERP : Évaluer le risque cardiovasculaire dans le Document Unique d’Evaluation des Risques (DUERP) en adaptant les postes exposés au froid, à la canicule ou aux fortes charges mentales.
- Le réflexe de la mi-carrière : Systématiser la visite médicale de mi-carrière (vers 45 ans). C’est l’instant idéal pour les services de santé au travail afin d’informer sur les signaux d’alarme.
- Le choc de formation des secours : Face à une mort subite, la survie se joue à la minute. Il est impératif de former massivement des Sauveteurs Secouristes du Travail et de démocratiser l’usage immédiat des Défibrillateurs Automatisés Externes, dont la méconnaissance d’utilisation en entreprise reste encore trop souvent synonyme de décès évitables.


